Ancêtres

L’écho de nos origines, cet appel à retrouver notre vrai centre, nous amène aussi à retracer le chemin de nos ancêtres. Le mot ancêtre vient du latin antecedere qui provient lui-même de deux racines; ante-, qui veut dire précéder, avant et cedere qui veut dire marcher. Nos ancêtres sont donc ceux qui nous ont précédés, ceux qui ont marché avant nous.

Dans ma jeunesse, on ne peut pas dire que j’aimais beaucoup les cours d’histoire. Je trouvais ce sujet ennuyeux et sans grand intérêt. En vieillissant, je me rends compte que mon regard sur ce sujet change et que mon intérêt se développe. Je veux en connaître plus sur les peuples primitifs, sur leur façon de voir les choses, sur leurs valeurs. Mon chemin n’existe plus uniquement comme une direction dans le futur, mais aussi comme la continuité d’un legs de mes ancêtres qui remontent jusqu’à la nuit des temps. Ce besoin de retracer le chemin de mes ancêtres, m’amène à découvrir la suite de mon propre chemin.

Lorsqu’on entend l’expression peuple primitif, on pense tout de suite à des tribus indigènes peu avancées. Le terme a une connotation péjorative, il implique un jugement de valeurs. À la base, le mot primitif réfère au fait que ces peuples comptent parmi les premiers, qu’ils furent des premiers âges de l’humanité.

Lorsqu’on compare les valeurs incarnées par les peuples primitifs et celles vécues dans la société d’aujourd’hui, lorsqu’on compare leur façon de percevoir le monde et la nôtre, on se rend compte que malgré leur aspect rudimentaire, ces peuples incarnaient des valeurs souvent plus avancées que les nôtres. Le respect de la nature par exemple. Notre connaissance de la nature est beaucoup plus avancée, mais cette avancée semble s’être faite au détriment du respect qu’on lui porte. En la connaissant plus, nous sommes venus à vouloir la contrôler, à vouloir la maîtriser.

Ce mouvement de régression a commencé lorsque le nomadisme des chasseurs-cueilleurs s’est tranquillement effacé pour laisser place au sédentarisme. Au lieu de se déplacer pour trouver subsistance, l’être humain s’est regroupé en communauté et a commencé à cultiver la terre. En faisant cela, il est devenu plus dépendant de son lieu de vie pour sa subsistance. Une année sans récolte pour lui était une année qui menaçait sa survie. La nature qui avait été pour lui une source de vie, une mère bienveillante qui le nourrissait, est devenue un élément à maîtriser afin de s’assurer qu’elle subvienne à ses besoins en tout temps. Le rapport qu’il avait avec la nature allait changer complètement. De la révérence pour la nature, le rapport allait devenir un rapport de suffisance.

Ce rapport que nous avons avec la nature aujourd’hui est faussé. Nous en sommes séparés. Ce lien primordial que nous avons perdu avec la nature, nous devons le retrouver. Les peuples primitifs ont beaucoup à nous enseigner.

Cet appel qui survient est un écho de nos origines, un écho de l’âme collective qui regroupe les expériences de tous nos ancêtres. Comme les sédiments qui s’accumulent dans le lit des rivières et changent son tracé, les expériences vécues par nos ancêtres s’accumulent et forment une sagesse collective qui peut nous guider. Une sagesse accessible à travers cette source à notre origine, cette source qui représente notre vrai centre. Une sagesse divine car elle est le fruit des expériences sacrées de nos ancêtres jusqu’aux plus lointains. Une sagesse qui s’est nourrie de leurs rêves et qui les garde vivants.

Ce désir, cette force qui apparaît est le fruit de cet appel. C’est un désir de retrouver nos vraies racines et s’y ancrer solidement en quittant le sol des valeurs superficielles de la société contemporaine. Cet appel ne nous demande pas de quitter la société, de l’abandonner et de vivre en ermite, mais il nous demande au contraire de l’investir pour pouvoir la changer, pour pouvoir la transformer. La transformer pour lui redonner cette sagesse ancestrale qu’elle a perdue et qui lui manque si cruellement.

Cette transformation n’est possible que si nous l’incarnons; c’est d’abord un effort individuel. C’est l’étape la plus importante; retrouver cette source de sagesse et d’amour qui constituera cet espace sacré où nous pourrons nous nourrir et nous réfugier. Où nous pourrons solidifier nos assises et notre ancrage. Cette source qui pourra rayonner vers les autres à travers nos actions et les toucher.

Ce désir de connaître l’histoire des peuples primitifs, c’est un besoin de me relier. Me relier à ma vraie nature. Me relier à la nature. Relier mon corps et mon esprit. Relier l’individuel et le collectif. Relier mon histoire avec celle de mes ancêtres et ceux qui me suivront. Relier pour tracer le suite de mon chemin.

Il y a une sagesse qui se cache dans nos racines. Une sagesse qui peut être retrouvée si on remonte son histoire. Une sagesse qui a le pouvoir de transformer notre regard. Une sagesse qui peut nous aider à passer la frontière vers un nouveau monde grâce à ce nouveau regard qui lui redonne toute sa beauté, toute sa grandeur, toute sa splendeur. Un regard plein de respect.

La première étape pour retrouver cette sagesse est de s’enfoncer dans les profondeurs de notre inconscient. Notre inconscient est ce monde souterrain, cette terre qui nourrit nos racines. Le mot homme provient de la racine indo-européenne ghyom qui signifie terre. Cela a donné les mots humus et homo qui sont apparentés. La première étape de notre transformation est donc de retrouver notre condition originale d’homme, cette terre, cet humus, cette humilité. Accepter humblement que notre rôle n’est pas de créer l’histoire mais de l’écrire. Accepter humblement de collaborer avec son auteur, cet être inconnaissable dont nous faisons tous partie.

Ce n’est pas dans la domination mais dans la collaboration que se tracent les lettres de cette histoire collective. Chacun, nous avons un chapitre à y ajouter; le chapitre de notre propre histoire. Un chapitre d’une histoire originale à écrire avec une encre de sagesse et une plume d’amour. L’histoire d’un être inconnaissable que nous devons tous faire accoucher en bâtissant notre village; l’histoire d’un soleil humain.

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